Mais je vous ai défendu, et je vous défends de vous confesser de ces peines à lui ou à d'autres, à moins que vous ne soyez assurée, jusqu'à en pouvoir jurer s'il était besoin, que vous avez consenti à un péché mortel, si c'en est un ; ou si ce n'en est pas un, je ne veux point que vous consultiez sur cela d'autre que moi, ni que vous me consultiez par écrit. Tout ce que je puis faire, c'est de souffrir que vous m'en parliez de vive voix ; encore ne vous le permettrai-je que par condescendance.
Je vous défends tout empressement et toute inquiétude pour cette consultation, que vous pourrez me faire à moi -même, remettant la chose à mon grand loisir. Vous voyez très bien après cela, ma Fille, que me demander des règles pour distinguer le sentiment d'avec le consentement, et en revenir aux autres choses dont vous parlez dans vos lettres, c'est recommencer toutes les choses que nous avons déjà traitées, et je ne le veux plus ; parce que c'est trop adhérer à vos peines. Ainsi je vous déclare que voici la dernière fois que je vous ferai réponse sur ce sujet : et dès que j'en verrai le premier mot dans vos lettres, je les brûlerai à l'instant, sans les lire seulement ; ce que je ne vous dis ni par lassitude, ni par dégoût de votre conduite, mais parce que je vois la conséquence de vous laisser toujours revenir à de tels embarras sous d'autres couleurs. J'ai reçu agréablement les reproches de Madame votre sour : je n'ai pas le loisir d'y répondre, et j'en suis fâché. Quant à mon écrit, votre correction n'est pas mauvaise ; mais vous avez trop deviné. La première ligne naturellement ne signifiait rien, sinon que le sens était complet à cet endroit ; et la seconde, que c'était la fin de tout le discours.Le changement que vous avez fait n'altère rien dans le sens ; mais j'aime mieux comme il était : mon intention a été que les paroles de l'Apocalypse fussent une conclusion du tout. Il faut bien encourager Madame de Lusanci, qui agit à la vérité avec un courage qu'on ne peut assez louer. On s'élève beaucoup et très injustement contre elle ; je n'oublierai rien pour la soutenir.
Elles étaient les filles du premier mariage de Louis Charles de Luynes, marquis d'Albert et de Louise Marie Séguier, marquise d'O, elle sont donc demi-sours de la comtesse de Verrue, bibliophile renommée, née du remariage de leur père avec la princesse de Rohan-Montbazon. Lorsque Port-Royal fut détruit, elles trouvèrent refuge à Jouarre, dans le diocèse de Meaux, et se consacrèrent à la vie religieuse, les 7 et 8 mai 1664 ; l'évêque de Périgueux prêcha la profession de Marie-Louise et Bossuet, celle d'Henriette-Thérèse. Le monastère de Jouarre était gouverné par Henriette de Lorraine, tante de Mesdames de Luynes, et bénéficiait d'une exemption lui octroyant de larges pouvoirs.
Bossuet rétablira l'équilibre et obtiendra sa démission en 1692, notre lettre est donc concomitante de ces événements, qui constituèrent « l'affaire de Jouarre ». Papier légèrement bruni, petites fentes en marge, trous de couture au pli central, voir photos.