

Vibrante lettre autographe signée, durant la première Guerre Mondiale (décembre 1917), à la fascinante Comtesse Greffulhe, qui craint qu'un article où l'on cite son nom ne lui cause du tort. J'espère de tout mon cour et de toute ma raison que vous n'êtes.
Affectée par des propos écrits, qui, pour leur auteur. Lui-même n'ont plus aucune signification, vous le voyez bien, votre nom étant mis là sans autre conséquence que de rappeler aux lecteurs qu'il existe, parmi la guerre et ses malheurs, un être beau et bon, qui doit dédaigner de se défendre, étant l'amie du Roi et de la Reine. Déjà auréolés, du Cardinal Mercier.
De l'âme immortelle de tous les hommes tombés à la frontière de nos deux patries pour repousser l'ennemi, et que c'est votre cour, chère Élisabeth, qui résonne dans les Chants de l'orgue qui va de l'Église au ciel le jour de la V eillée des Tombes. Je n'essaie pas de vous rappeler votre sollicitude efficace pour tant de victimes de la déchirante guerre, car votre bonté avait précédé le cataclysme, et vous ne faites que continuer avec plus de dévouement et de patriotisme encore à exercer les qualités natives de votre cour magnifique. Je vous admire et vous embrasse tendrement.
Anna de Noailles évoque probablement l'un des articles à charge écrits par Léon Daudet en décembre 1917 contre Paul Painlevé et son « égérie » la comtesse Greffulhe. L'article en question est peut-être celui du 8, publié dans « L'Action Française », intitulé Les Affaires de Trahison et la Haute-Cour. Léon Daudet y évoque l'affaire Paix-Séailles, du nom du sergent Charles Paix-Séailles. Ce personnage trouble, qui se suicida en 1921, fut arrêté en novembre 1917 pour avoir transmis à Miguel Almereyda, Directeur du journal anarchiste « le Bonnet rouge », des documents sensibles concernant l'armée d'Orient. Selon Léon Daudet, la Comtesse Greffulhe et Paul Painlevé, tout juste nommé Président du Conseil en septembre, auraient tenté d'entraver son enquête journalistique. On peut comprendre les craintes de la Comtesse Greffulhe de voir son nom lié à un « agent de trahison », deux mois après l'exécution de Mata Hari, et l'empressement d'Anna de Noailles de la rassurer sur « son dévouement » et son « patriotisme » connus de tous. Il fut l'auteur, en 1915, de la lettre de résistance Patriotisme et Endurance. Dans laquelle il appelait les Belges à lutter contre l'envahisseur allemand.Réunion religieuse, patriotique et charitable fondée par la Comtesse Greffulhe en 1916 à la mémoire des soldats belges tombés au champ d'honneur.